Comment suis-je devenue prête-plume ? Au départ, ça commence par une vocation contrariée : « Quoi ? Une filière littéraire ? Mais il n’y a aucun débouché ! » Autant à l’aise dans mes rédactions de français qu’insensible aux nébuleux problèmes de géométrie, je me destinais à faire – pourquoi pas ? – hypokhâgne. Mais, écoutant les inquiets pour qui une route pavée d’écriture plombe toute une vie, j’ai choisi une filière économique et sociale. Ce qui ne m’a pas déplu, surtout la sociologie, mais qui m’a laissée ensuite au bord du chemin, ne sachant quelle direction prendre. C’est parce qu’une amie tentait Sciences Po Toulouse que je me suis inscrite à ce concours, pariant sur le fait que la grande variété des matières enseignées me conviendrait. Ironie de la vie, j’ai été reçue. Mon amie, non.

Mon diplôme en poche, un constat s’imposait : j’avais acquis davantage de culture générale et un très bon esprit de synthèse, mais je ne savais toujours pas ce que je voulais faire professionnellement. De plus, à l’inverse, j’avais besoin de me plonger en profondeur dans l’étude d’une seule discipline. J’ai donc intégré une université de sociologie et obtenu une licence par équivalence. C’est là qu’un choix s’est imposé à moi.

Le théâtre comme étape

Je faisais du théâtre depuis l’adolescence et quand je jouais je ressentais  comme une évidence. Je m’épanouissais sur scène, et on m’encourageait souvent à en faire mon métier. Durant mon année universitaire, j’ai eu le coup de foudre artistique pour le Théâtre2 l’Acte et j’ai décidé de devenir comédienne professionnelle. Dès lors, avec cette compagnie notamment, j’ai pu explorer les façons de dire un texte. De passer de l’écrit à l’oral.

J’appréciais cette pure expression de soi permettant de transmettre des messages à un auditoire. Des émotions. Mais je me refusais à devoir guerroyer pour pouvoir jouer, les places étant rares. Ce que j’ai gardé de cette formidable expérience artistique de plusieurs années, c’est le goût d’un texte « adressé », que je cultive désormais quand je prête ma plume.

Un écrit fondateur, à Bruxelles

À l’occasion d’un séjour de six mois en Belgique, je me suis mise à écrire. Du théâtre, tiens donc ! Le fait d’être partie non sans mal de ma ville natale a déclenché chez moi ce désir d’écriture, tout comme de saisissantes rencontres bruxelloises.

Revenue ensuite en France pour m’installer à Paris, je suis peu à peu devenue journaliste. J’avais toujours envie de faire voyager les mots, mais cette fois en sens inverse : de l’oral vers l’écrit. J’aspirais dans le fond à retourner les projecteurs en plaçant les autres dans la lumière.

Journaliste, à Paris

J’ai d’abord été rédactrice pigiste au Nouvel Économiste ainsi que, ponctuellement, pour un magazine de design, Intramuros, puis éditrice (on dit aussi «  secrétaire de rédaction ») au journal Le Monde durant cinq ans. J’étais notamment en charge d’un supplément hebdomadaire culturel.

L’éditeur a un rôle clé dans une rédaction. Il relit avec attention les articles des rédacteurs, les réécrit, traque les erreurs et le hors-sujet, et quand l’article revient « en page », il doit rédiger les titres, accroches, sous-titres et légendes. En bref, il est en charge du travail éditorial.

C’est lorsque j’évoluais dans le journalisme que j’ai écrit ma première biographie pour un inconnu. Une révélation…

L’Accordeuse de mots, à Nantes

En mars 2017, j’ai créé mon activité freelance de biographe et de prête-plume (ghostwriter). Ma posture de facilitatrice de l’écrit me permet d’accompagner des interlocuteurs variés (particuliers, chefs d’entreprise, étudiants, chercheurs, éditeurs, politiques) qui ont des besoins rédactionnels et/ou en réécriture, ou en conseil littéraire très différents.

C’est cette richesse de projets qui me plaît. Dans le cadre de chacun d’entre eux, j’ai à cœur de veiller à la communication la plus juste d’un propos, d’une information. Au partage avant tout d’une histoire.

Joëlle Pressnitzer.
Joëlle Pressnitzer, biographe et prête-plume. ©Delphine Tomaselli